Le Pak Mei

峨嵋山
Origines

Le style de Kung Fu traditionnel Pak Mei est un style ancien de cinq siècles crée par le moine taoïste du même nom, littéralement “Sourcil Blanc”, durant la dynastie mandchoue des Qing (1644—1911).

Selon la légende, le moine Pak Mei aurait élaboré sa boxe sur le Mont Emei dans l’actuelle province du Sichuan avant d’être amené par ses descendants dans la région de Canton. A cette époque, la lignée se scinde en deux courants de Kung Fu : le Pak Mei de Cheung Lai Chun / 张礼泉 et celui de Lao Siu Leung / 刘少良.

Le style Pak Mei est originaire du sud de la Chine et est considéré comme un style de Kung Fu interne et externe. Le Kung Fu traditionnel de l’école LWS Pak Mei n’a pas subi d’adaptation sportive et reste authentique dans sa recherche d’efficacité.

Fondé sur les principes du taoïsme, le Pak Mei vise à construire une défense hermétique tout en attaquant simultanément. Dans cette optique, les deux mains jouent un rôle différent et complémentaire qui permet de « verrouiller » ou d’« ouvrir » l’adversaire et de placer les volées de coups.

Sa technique la plus réputée est la frappe en œil de phénix / 风眼锤 qui vise à atteindre les points vitaux du corps humain.

Le style de l’école LWS Pak Mei est un style de Kung Fu traditionnel féroce, spécialisé dans la percussion. Ses coups sont secs, rapides et puissants. Sa spécificité est l’interception et la déviation des mouvements de l’adversaire, la saisie ou le contrôle de l’adversaire ainsi que les parades et frappes simultanées.

Le Kung Fu Pak Mei est un style explosif développé pour le combat à moyenne et courte distance. Il se fonde sur l’extension totale des membres supérieurs et d’un pivot sec des hanches et des postures pour générer une force explosive. En ce sens, le style de Kung Fu de l’école LWS Pak Mei se distingue de celui de Cheung Lai Chun qui se sert d’un claquement de dos pour générer sa force.

Le tigre est l’animal qui symbolise la lignée de l’école LWS Pak Mei en ce qu’il incarne sa férocité, sa vitesse, sa puissance et sa détermination. Cela étant, le Pak Mei n’est absolument pas un style zoomorphique, c’est-à-dire qui cherche à personnifier un animal.

Les coups de paume, les piques, les coups de poing phalanges repliées et les griffes de tigre sont les principales spécialités du style tout comme les coups de coude et d’avant-bras, les coups de pied bas, les projections ou encore les luxations / clés.

La méthodologie de déplacement du Kung Fu traditionnel de l’école LWS Pak Mei se distingue de la plupart des styles de Kung Fu dans la mesure où les postures sont relativement hautes. L’idée est de garder une mobilité optimale comme en situation réelle et de permettre une vitesse d’action afin d’avancer ou de reculer rapidement.

La principale posture utilisée pour se déplacer est la posture dite du Triangle San Kok Ma / 三角码.

Les formes ou Kune 拳 sont des enchaînements techniques codifiés dont l’ensemble constitue le répertoire technique du Kung Fu traditionnel Pak Mei. Ainsi, au fur et à mesure de sa pratique, chaque élève ou disciple construit et étoffe son propre répertoire.

Chaque forme permet de développer la condition physique du pratiquant et a été élaborée afin de perfectionner un aspect précis du style comme la force, la vitesse…

La première forme enseignée au sein de l’école de Kung Fu traditionnel LWS Pak Mei est Sapji / 十字拳 ce qui signifie, la forme du caractère dix. A titre illustratif, on trouve notamment parmi les formes du Kung Fu traditionnel de l’école LWS Pak Mei :

  • M Zhao Gom Long /五爪金龙拳 : les 5 griffes du dragon d’or
  • Chat Din Muy Fa / 七点梅花拳 : les 7 points de la fleur de prunier
  • Sap Bat Fong Rang / 十八疯僧拳 : les 18 moines fous

Le style de Kung Fu traditionnel de l’école LWS Pak Mei est riche en armes. Ces dernières sont perçues comme le prolongement des membres du corps et leur maniement est directement lié au travail à mains nues bien que les positions soient plus basses pour des raisons stratégiques.

Dans un premier temps, le travail des armes permet au pratiquant de développer sa dextérité et d’avoir une meilleure coordination dans son travail à main nue. Dans un second temps, il permet d’acquérir une conception plus précise de l’utilité de chaque objet et de ses spécificités (long, court, lourd, tranchant ou contondant).

En dehors de la distinction classique opérée entre armes longues, courtes, articulées et de jet, il est possible de regrouper les armes au sein de trois catégories différentes selon qu’il s’agit d’armes à vocation militaire, c’est-à-dire créées dans un but guerrier, comme le sabre, d’outils agraires, lesquels peuvent être utilisés comme armes d’appoint, telle la bèche, ou d’ustensiles de la vie quotidienne, dont l’efficacité est généralement insoupçonnée, comme le parapluie, l’éventail ou encore le banc.

Parmi les armes pratiquées dans le style de Kung Fu traditionnel de l’école LWS Pak Mei, on trouve, entre autres, le bâton, le sabre, la bêche et le banc. A titre illustratif, parmi les formes d’armes, il existe :

  • Sheung Tou Tsai Mei Gun / 双头齐眉棍 : le bâton à deux têtes à hauteur de sourcils
  • Yim Zi Dou / 燕子刀 : le sabre de l’hirondelle

Conformément à la coutume de la ville, toutes les écoles de Kung Fu traditionnel de Foshan pratiquent la danse de lion. Souvent appelée danse du dragon ou de la licorne, la danse de lion est un spectacle populaire très réputé en Chine où on lui attribue le pouvoir de faire fuir les mauvais esprits et d’apporter bonheur et prospérité.

Dans le respect de la tradition de Foshan, les élèves de l’école LWS Pak Mei se forment à la danse de lion et réalisent régulièrement des démonstrations. Symboliquement, le lion représente la bravoure, la noblesse et la chance, et une danse de lion réussie fait honneur à l’école comme aux élèves qui y ont participé.

La danse de lion nécessite deux personnes, l’une pour animer la tête de l’animal, l’autre le corps. Elles effectuent ensemble une chorégraphie visant à personnifier un lion mythique. En ce sens, la coordination des deux danseurs est primordiale pour faire en sorte que le spectateur ait l’impression de voir un vrai lion face à lui et non deux personnes déguisées. Parallèlement à la maîtrise technique, les pratiquants doivent parvenir à donner un véritable caractère au lion qu’ils incarnent, pour que celui-ci soit vif, éveillé et expressif.

La pratique de la danse de lion permet de développer son agilité tout en enrichissant sa connaissance de la culture chinoise. L’entraînement relatif à la danse de lion correspond à un travail de musculation spécifique en adéquation avec la pratique du Kung Fu Pak Mei. Les différents sauts et portés développent la condition physique des pratiquants qui réalisent des mouvements acrobatiques et esthétiques, tout en apprenant à s’écouter, à s’en remettre à l’autre et à développer ainsi leur confiance en eux et en leur partenaire. La danse de lion s’accompagne nécessairement de la musique du tambour, des cymbales et du gong. Les élèves de l’école LWS Pak Mei apprennent naturellement à jouer de ces instruments qui donnent son rythme au lion lors des représentations.

Tous les styles de Kung Fu traditionnels ont pour objectif premier de développer l’efficacité de leurs techniques, chacun par le biais d’une stratégie distinctive.

Une grande majorité des styles de Kung Fu traditionnels comme celui de l’école LWS Pak Mei comportent, outre leur technique martiale, un travail spécifique appelé Qi gong – littéralement travail du souffle – qui permet aux pratiquants de renforcer leurs muscles, tendons et ligaments. Cette méthode authentique est fondée sur la compréhension des structures énergétiques et de la respiration naturelle. Les exercices permettent de continuer à développer ses capacités physiques, c’est-à-dire à maintenir son amplitude articulaire, la souplesse de ses muscles et son potentiel de force tout en travaillant la concentration, la mémoire en trois dimensions, la coordination et l’équilibre.

L’école de Kung Fu traditionnel LWS Pak Mei reconnaît une place prépondérante à la santé dans la pratique du Kung Fu, c’est pourquoi le but de son Qi gong est de maintenir les capacités physiques de ses pratiquants tout au long de leur vie.

Les origines du style de Kung Fu Pak Mei sont entourées de mystère et de légendes, parmi lesquelles, les plus connues sont les suivantes :

Sous la dynastie Qing (1644—1911), le temple Shaolin aurait été soupçonné d’héberger des révolutionnaires voulant renverser le pouvoir en place. C’est pourquoi l’empereur de l’époque, KangXi, aurait chargé l’armée de venir à bout de ce temple en l’attaquant et le brûlant. Cinq moines surnommés les 5 invincibles auraient échappé à l’incendie : Ng Mui, Fung Dou Duk, Chan Ji Sin, Miu Hin et Pak Mei. Les quatre premiers se seraient installés à Canton tandis que le moine Pak Mei serait parti sur le Mont Emei dans la province du Sichuan pour y élaborer son style.

Une autre légende raconte que le moine Pak Mei aurait quitté le temple bouddhiste de Shaolin pour devenir moine taoïste. Il aurait alors élaboré sa boxe sur le mont Emei et serait devenu tellement réputé dans la région que l’empereur Qing lui aurait proposé d’intégrer sa garde rapprochée. Pour prouver sa loyauté le moine Pak Mei aurait été contraint de brûler le temple Shaolin aux côtés de l’armée impériale.

Enfin, selon la légende du Ving Tsun / 詠春拳, le moine Pak Mei compterait également parmi les cinq maîtres à l’origine de la création de cet autre style de Kung Fu. Ces légendes qui ne sont pas étayées, revêtent surtout un caractère anecdotique dont l’intérêt principal est de maintenir le mystère autour de l’élaboration du Kung Fu traditionnel Pak Mei.

Le Kung Fu traditionnel Pak Mei est très réputé en Chine. Cela s’explique notamment par le fait qu’il fasse partie des rares styles à avoir été enseignés à la Garde Impériale et qu’il soit reconnu comme l’un des styles les plus techniques par les pratiquants de Kung Fu chinois / 武林高手.

Aujourd’hui, le Pak Mei bénéficie d’une certaine notoriété auprès du grand public notamment grâce à la présence du moine Pak Mei dans une grande majorité de film de Kung Fu d’époque et dans des romans chinois de cap et d’épée. Pak Mei y est souvent représenté comme un maître de Kung Fu redoutable aux techniques impitoyables. Le dernier film en date est Kill Bill 2 de Quentin Tarantino où le moine Pak Mei interprété par Gordon Liu enseigne à Uma Thurman la frappe sans recul, qui est une des spécificités du style de Kung Fu Pak Mei.

Les vertus martiales constituent le code moral d’une école, d’une lignée de Kung Fu. Généralement issues des trois courants de pensée chinoises taoïsme, confucianisme et bouddhisme (originaire d’Inde), elles doivent accompagner le pratiquant tout le long de sa vie et l’élever spirituellement pour lui permettre de s’accomplir et de devenir un homme vertueux, libre de ses choix.

Les vertus diffèrent en fonction des écoles de Kung Fu et des lignées. Parmi les notions ou préceptes qui définissent celles de l’école LWS Pak Mei, on trouve la bienveillance, l’humanité, le courage, la piété filiale, la courtoisie, l’équité et la loyauté. Cette éthique est résumée par divers préceptes dont les principaux sont les suivants :

尊祖尊师尊武德 qui signifie « Honorer les ancêtres, honorer le maître, honorer les vertus martiales ».

Selon cet adage, le pratiquant doit honorer par son attitude et ses actes la lignée dont il est issu. En d’autres termes, aussi diverses que soient les motivations qui l’amènent à demander au maître de lui enseigner, le pratiquant doit toujours faire preuve de respect à l’égard de son maître et de l’enseignement de ce dernier. Cette qualité essentielle se traduit également par le respect des autres pratiquants quels que soient leur âge, leur parcours et leur niveau.

学武学艺学仁义 qui signifie « Apprendre les techniques martiales, apprendre l’art, apprendre la bienveillance, la loyauté et le sens de ce qui est juste ».

Un pratiquant de Kung Fu de l’école LWS Pak Mei apprend dès son premier cours des techniques efficaces naturellement issues du style de Kung Fu Pak Mei et appliquées dans un contexte de situation réelle. Ces techniques permettent d’aiguiser les armes naturelles du corps et d’affûter l’esprit dans sa conception de l’affrontement.

Au fur et à mesure de son apprentissage, le pratiquant va comprendre l’importance de la répétition des mouvements et ainsi développer ces techniques et les perfectionner à force de travail et d’effort jusqu’à ce que la notion d’art ne lui semble plus inconnue.

Le pratiquant de l’école LWS Pak Mei doit prendre conscience que son niveau et sa progression par rapport aux autres élèves sont dictés par son travail, son investissement personnel et ses efforts. Si le maître donne à chacun de ses élèves et disciples les capacités d’atteindre le meilleur d’eux-mêmes, il concentre son attention et livre son savoir en fonction du mérite, c’est-à-dire du sérieux et de la volonté d’apprendre.

Si l’apprentissage du Kung Fu Traditionnel au sein de l’école LWS Pak Mei doit donner les moyens de pouvoir se défendre dans quelque contexte que ce soit, il doit permettre également aux pratiquants de devenir maîtres de leur choix et d’agir avec bienveillance. Selon l’expression fréquemment utilisée par Lao Wei San, « celui qui est dans la voie n’écrase pas les autres ».