Tradition cantonaise

佛山
La ville
de Foshan

Créée sous la dynastie Jin (265—420), et nommée en tant que telle sous les Tang (618—907), Foshan est une des quatre villes les plus anciennes de Chine. Elle se situe dans la province de Canton.

Foshan est à la fois le lieu de naissance de l’opéra cantonais, de la danse de lion et un des berceaux du Kung Fu. Les styles majeurs du sud de la Chine comme le Hung Ga / 洪家拳, le Ving Tsun (communément appelé Wing Chun) / 詠春拳, le Pak Mei / 白眉拳, le Long Yin / 龍形拳, le Choy Li Fat / 蔡李佛拳 ou encore le Liu He Ba Fa / 六合八法拳, y sont nés ou s’y sont développés, pour certains depuis plusieurs siècles.

Bien que Foshan soit également célèbre pour sa céramique et sa porcelaine – le four le plus ancien Shi Wan est en effet en service depuis la dynastie Tang – elle est surtout réputée pour son attachement aux arts martiaux. Au centre de la ville se trouve le temple ancestral Zu Miao / 祖庙 dédié à la divinité taoïste Beidi, l’Empereur du Nord, datant de la dynastie Song (960—1279). A l’intérieur de ce temple est érigé le mémorial du célèbre Wong Fei Hong / 黄飞鸿, maître du style de Kung Fu Hung Ga et médecin émérite, reconnu notamment pour la qualité de sa danse de lion.

Devant ce mémorial, la meilleure troupe de Foshan effectue chaque jour de l’année une danse de lion en l’honneur de Wong Fei Hong. Toujours au sein du temple ancestral Zu Miao, figure également le mémorial de Yip Man / 叶问, maître du Kung Fu Ving Tsun originaire de Foshan dont l’élève le plus célèbre est Bruce Lee.

Aujourd’hui, la pratique des arts martiaux à Foshan est toujours aussi populaire et extrêmement répandue ainsi qu’en témoigne la présence de près de 18 000 pratiquants d’arts martiaux lors de la cérémonie d’inauguration du stade de la ville de Foshan en 2007.

Parfois appelée danse du dragon ou de la licorne, la danse de lion est un spectacle populaire très réputé en Chine où on lui attribue le pouvoir de faire fuir les mauvais esprits et d’apporter bonheur et prospérité. Selon la légende racontée par Sigong Chan Yau Man, la danse de lion serait apparue à la fin de la dynastie Qing lorsque des bêtes féroces attaquèrent à plusieurs reprises un village près de Foshan, terrorisant la population et détruisant les récoltes. Après s’être concertés pour mettre en place une riposte, les villageois décidèrent de fabriquer un lion imaginaire à l’aide de plumes et de toile pour effrayer les bêtes féroces, et l’installèrent au centre du village. Ils ne subirent plus aucune attaque et attribuèrent cette victoire au lion qu’ils choisirent de célébrer par une fête chaque année. Aujourd’hui encore, le lion symbolise en Chine le bonheur et la prospérité, c’est pourquoi une
danse de lion accompagne chaque évènement important, du Nouvel An chinois, aux anniversaires, aux mariages, décès et évènements en tout genre comme l’inauguration des commerces. Dans la région de Canton et plus précisément à Foshan où elle trouve son origine, la danse de lion a fait l’objet d’une codification par Wong Fei Hung sous le nom de danse des trois étoiles / 三星. Aujourd’hui ces pas qui constituent le répertoire classique de la danse de lion ont évolué et donné naissance à des mouvements encore plus toniques et vifs : les sept étoiles / 七星. Sous un lion, on trouve deux danseurs – l’un animant la tête de l’animal et l’autre le corps – qui effectuent ensemble une chorégraphie visant à personnifier un lion mythique. Le lion peut évoluer sur plusieurs terrains tant au sol que sur des bancs ou des poteaux en fonction du décor dans lequel la danse est exécutée et de l’agilité des danseurs.Les lions arborent différentes couleurs selon les héros de la période des trois royaumes qu’ils incarnent, à savoir la couleur jaune safran pour Liu Bei / 刘备, le rouge pour Guang Yu / 关羽 et le noir pour Zhang Fei / 张飞.

Loin du cérémonial dont nous entendons souvent parlé, boire le thé n’est en rien quelque chose de solennel, c’est le plaisir d’un instant.  Le thé de l’instant revêt une importance particulière dans la pratique du Kung Fu où ils symbolisent à la fois le partage et la transmission. Cette place significative s’explique par le goût des chinois pour le thé mais surtout par l’évolution de la perception même du thé en Chine. On attribue la découverte du thé et des vertus médicinales des plantes à Shennong / 神农. Divinité considérée comme le père de l’agriculture et de la médecine en Chine, Shennong aurait testé sur lui diverses plantes pour en observer les effets et la légende veut qu’après s’être empoisonné à la suite d’une expérimentation, il ait réussi à se désintoxiquer grâce à l’infusion d’une feuille de thé. Après avoir été perçu comme un médicament, le thé est utilisé comme boisson sous la dynastie Han, tandis que la culture du thé se répand au Sichuan et dans le Yunnan grâce à Zhu Ge Liang / 诸葛亮, également appelé Kong Ming. En hommage à cet illustre stratège du royaume de Shu Han de la période des trois royaumes (220—265), on surnomme les théiers « arbres de Kong Ming ». Enfin, sous la dynastie des Tang, le thé accède au rang d’art au même titre que la poésie, la peinture ou la calligraphie. Bien que le service du thé soit appelé cérémonie Kung Fu Cha / 功夫茶 en Chine, celui—ci correspond davantage à une méthode de préparation du thé qu’à un véritable cérémonial solennel comme celui qui est pratiqué au Japon. Très populaire dans la province du Guangdong, le Kung Fu Cha vise à atteindre la meilleure expression des arômes et des saveurs du thé dont on dit qu’il apaise et vivifie l’esprit. Le thé entretient d’ailleurs des liens étroits avec le taoïsme et le bouddhisme, et constitue grâce à ses vertus désaltérantes et d’éveil de l’esprit, la boisson de méditation par excellence. Le Kung Fu Cha est lié à la pratique du Kung Fu, il correspond à un moment de partage entre élèves, disciples et maître qui se retrouvent toujours autour d’une tasse de thé avant et après l’entraînement. La cérémonie de disciple qui constitue l’un des moments essentiels de la vie d’une école de Kung Fu et de celle d’un pratiquant, se réalise à travers la cérémonie du thé au cours de laquelle, l’élève s’agenouille devant son maître pour lui offrir une tasse de thé, symbole de la volonté et du respect de l’élève qui veut devenir disciple. Au cours de cette cérémonie, le disciple exprime brièvement ses motivations tandis que le Sifu lui confie quelques conseils avant de boire la tasse de thé et de recevoir l’enveloppe rouge / Lai Si offerte par le disciple.

La médecine traditionnelle chinoise découle des principes taoïste du yin et yang ainsi que des cinq éléments. Elle est constituée de plusieurs types de pratiques dont les plus connues sont l’acupuncture, l’herboristerie et les massages, toutes liées aux mêmes principes hérités d’une tradition de plus de 2000 ans.

La forme de médecine chinoise la plus pratiquée par les maîtres de Kung Fu est le Dit Da / 跌打, qui vise à soigner les différents traumatismes externes du corps tels que les contusions, entorses et même les fractures. Cette médecine orthopédique permet à la fois aux maîtres de Kung Fu de se soigner en cas de blessure et de mieux développer leur travail du Qi gong. Wong Fei Hung, maître du style de Kung Fu Hung Ga, était ainsi particulièrement réputé pour son Dit Da.

Parmi les médicaments chinois traditionnels, le Sifu de l’école LWS Pak Mei se sert
du Dit Da Jiu / 跌打酒, une décoction à base de racines et de plantes qu’il a appris à élaborer grâce à son ami et frère d’arme, Sihing Pang, médecin de Foshan, spécialisé en herboristerie et en phytothérapie. Le Dit Da Jiu accompagne les pratiquants de Kung Fu notamment dans leur travail de renforcement musculaire et d’endurcissement osseux.

L’opéra est au cœur de la culture cantonaise, il fait appel aux artistes les plus prestigieux dans le domaine de la musique et du chant tout comme dans celui des arts martiaux. En effet, l’opéra associe musique, chant, costumes, et instruments de musique traditionnels pour dépeindre des moments de la vie quotidienne chinoise ou des récits épiques de l’histoire impériale et met en scène à ce titre, des combats d’armes inspirés des arts martiaux chinois.

La création de l’opéra chinois est généralement attribuée à l’empereur Xuanzong de la dynastie Tang, à qui l’on doit la pièce Le jardin des pêchers, tandis que la première troupe d’opéra cantonais Qiong Hua /琼花会馆 est présumée avoir été fondée pendant la dynastie Ming à Foshan.

Parmi les acteurs des troupes, il n’était pas rare de trouver des pratiquants ou des maîtres de Kung Fu car ceux—ci pouvaient aider à la conception des chorégraphies de combat tout en assurant la sécurité de la troupe à laquelle ils apprenaient à se défendre. Les troupes d’opéra itinérantes faisaient également appel à des pratiquants de Kung Fu pour les accompagner dans leur périple et protéger leur matériel et leurs recettes.

A Foshan, la plateforme WanFu située dans le temple ancestral constituait autrefois un lieu majeur de représentations. Dans le respect des traditions et du passé, la ville de Foshan continue d’attacher aujourd’hui une importance particulière à l’opéra cantonais dont elle promeut la formation et le rayonnement notamment par le biais de son école d’opéra cantonais fondée avec le soutien du département de la culture chinoise de Canton en 2003.